Comment choisir une plante grimpante qui ne gèle pas en hiver ?

Comment choisir une plante grimpante qui ne gèle pas en hiver ?

Maîtriser la rusticité des plantes grimpantes, c’est offrir à son jardin des plantes qui tiennent bon toute l’année, même sous des froids intenses. Savoir où l’on se trouve, comprendre son terrain et bien choisir ses variétés fait toute la différence pour profiter de beaux feuillages et floraisons, même en hiver.

Qu'est-ce que la notion de rusticité ?

Les zones de rusticité en France (cartes USDA & européennes)

Quand on évoque les grimpantes rustiques, les fameuses zones de rusticité reviennent toujours sur le tapis.
Ces cartes (USDA à l’international, et leurs équivalents européens) découpent le territoire en fonction de la température minimale moyenne observée en hiver.

Chaque zone englobe une plage de températures :

  • Zone 8 : de -7 °C à -12 °C
  • Zone 7 : de -12 °C à -17 °C
  • Zone 6 : de -17 °C à -23 °C

En France, l’Ouest et le littoral méditerranéen relèvent surtout de la zone 8, alors que le Centre et le Nord basculent en zone 7, et les zones d’altitude, voire certaines vallées encaissées, se retrouvent en zone 6 ou en dessous.

Pour bien utiliser ces cartes :

  1. Situez votre zone climatique exacte.
  2. Vérifiez la rusticité affichée de la grimpante (ex. « jusqu’à -15 °C »).
  3. Préservez un écart de sécurité – deux ou trois degrés de marge sont bienvenus.

Mais attention, ces références restent des moyennes et négligent plusieurs paramètres essentiels comme le vent, l’humidité, la durée des gelées ou encore les particularités locales. Pratique, mais pas infaillible !

Facteurs aggravants ou protecteurs : vent, humidité, sol détrempé, micro-climats urbains

Une grimpante annoncée pour -15 °C peut parfaitement souffrir ou s’épanouir suivant l’endroit précis du jardin.

  • Vent : accentue le ressenti du froid, dessèche et brûle les feuilles, surtout chez les persistants. Une plante à l’abri sera bien plus à l’aise.
  • Humidité de l’air : un climat froid et humide renforce le risque de gel et de maladies, tandis qu’une atmosphère plus sèche protège certaines espèces.
  • Sol détrempé : l’eau stagnante tue les racines en hiver, et la rusticité ne fait rien contre l’asphyxie ou les pourritures.
  • Micro-climats urbains : en ville, un mur exposé sud, une cour close ou un angle protégé gagnent facilement quelques degrés. On peut alors tenter des variétés un peu moins rustiques.

Bref, une plante « limite » tiendra le coup sur une façade abritée en ville, alors qu’elle peinera dans un coin froid et humide de la campagne.

Critères de sélection d’une grimpante rustique

Pour viser juste, interrogez-vous sur :

  • Sa tolérance au froid : la température minimale tolérée doit correspondre à votre zone, avec une marge de sécurité.
  • Persistant ou caduc : un feuillage persistant isole et décore l’hiver, mais se contente souvent de régions plus douces.
  • Vigueur de croissance : rapide pour cacher un grillage vite fait, plus mesurée pour un mur délicat.
  • Mode d’accroche :
    • vrilles : vigne, clématite
    • crampons : lierre, hortensia grimpant
    • tiges volubiles : chèvrefeuille, akebia
      À choisir selon le support envisagé.
  • Objectif au jardin : pour la floraison, l’ombre, le camouflage ou l’accueil des oiseaux, sélectionnez la plante qui colle à vos envies.

Croisez l’ensemble avec votre climat local – souvent plus nuancé que la simple carte – pour garantir l’épanouissement de vos grimpantes, année après année.

Quelles sont les variétés de plantes grimpantes les plus résistantes au gel ?

Persistantes increvables (feuillage décoratif toute l’année)

Habiller un mur sans craindre les coups de froid, c’est possible avec certaines persistantes solides.

Le lierre commun (Hedera helix) ne craint pas le gel, jusqu’à -20 °C. Il se plaît partout, accepte même l’ombre sèche, et grimpe tout seul avec ses crampons. Idéal pour masquer les grilles ou recouvrir une souche délaissée.
Pensez à le canaliser près des gouttières ou des ouvertures.

Le chèvrefeuille persistant (Lonicera henryi), rustique jusqu’à -15 °C, arbore un joli feuillage fin et de petites fleurs tubulaires. Les pollinisateurs s’en régalent. Il préfère mi-ombre ou soleil doux, dans un sol frais mais sans excès d’eau.

Le pyracantha ‘Flava’ résiste sans faillir à -20 °C et habille facilement une clôture ou un mur. Les baies jaunes d’automne nourrissent les oiseaux. Notez ses épines : redoutables pour sécuriser une lisière !

Caducs hyper-rustiques pour façades et pergolas

Parmi les costauds, les grimpantes caduques brillent en régions froides.

La vigne vierge (Parthenocissus quinquefolia) encaisse le -30 °C sans trembler. Elle grimpe avec panache, offre un automne rouge flamboyant et requiert un minimum de taille.

L’hydrangea petiolaris (hortensia grimpant) supporte -25 °C. Une fois installé à l’ombre ou sur un vieux tronc, il produit de grandes fleurs blanches qui illuminent l’été.

Les clématites alpina et la flamboyante ‘Jackmanii’ résistent jusqu'à -30 °C. Elles aiment avoir les pieds à l’ombre et la tête au soleil. Parfaites sur un arceau, une tonnelle ou un ancien grillage à retaper.

Grimpantes florifères offrant deux saisons d’intérêt

Pour allier floraison abondante et robustesse face au gel, piochez parmi ces grimpantes fleuries.

La bignone (Campsis radicans) ne craint pas -20 °C et multiplie les trompettes orangées en été. Elle aime le plein soleil et réclame un solide support.

Le jasmin d’hiver (Jasminum nudiflorum) régale dès janvier, avec de petites fleurs jaunes sur ses branches dénudées, tout en encaissant -15 °C. Facile à guider, il cascade sur les murets ou s’enroule discrètement sur un grillage.

La glycine ‘Blue Moon’, venue tout droit d’Amérique, se rit de -35 °C. À la clé : de longues grappes parfumées chaque printemps et parfois une remontée en fin d’été. Offrez-lui une pergola robuste pour l’accueillir.

Grimpantes comestibles ou originales adaptées au froid

Besoin de mêler l’utile à l’insolite ? Deux belles trouvailles :

Le kiwi arctique (Actinidia kolomikta) résiste jusqu’à -40 °C et se distingue par son feuillage panaché, blanc et rose au printemps. Certaines variétés sont fructifères. Prévoyez un mâle et une femelle, ainsi qu’une situation ensoleillée, mais sans soleil brûlant.

L’akebia quinata, tolérante à -25 °C, séduit avec son feuillage semi-persistant dense et ses fleurs pourpres, à l’incroyable parfum de chocolat. Elle apprécie les emplacements frais et drainés, soleil ou mi-ombre, et produit parfois des fruits comestibles.

Excellentes candidates pour constituer un pare-vue original et nourrir la biodiversité.

Tableau récapitulatif

Plante grimpante Rusticité Hauteur adulte Exposition Support Points forts
Lierre commun (Hedera helix) -20 °C 10–20 m Ombre à soleil Mur, tronc, grillage Persistant, sans souci, couvre-sol
Chèvrefeuille Lonicera henryi -15 °C 4–6 m Mi-ombre, soleil Treillage, pergola Persistant, mellifère, floraison longue
Pyracantha ‘Flava’ -20 °C 3–4 m palissé Soleil, mi-ombre Mur, clôture Baies décoratives, refuge pour oiseaux
Vigne vierge (Parthenocissus) -30 °C 10–15 m Soleil, mi-ombre Façade, pergola Croissance rapide, couleurs d’automne
Hydrangea petiolaris -25 °C 8–10 m Ombre, mi-ombre Mur, tronc Floraison blanche, apprécie l’ombre
Clématites alpina / ‘Jackmanii’ -30 °C 2–4 m Soleil, mi-ombre Arceau, treillage Généreuses, nombreuses variétés
Bignone (Campsis radicans) -20 °C 6–8 m Plein soleil Mur chaud, pergola Fleurs en trompette, très mellifère
Jasmin d’hiver (Jasminum nudiflorum) -15 °C 2–3 m Soleil, mi-ombre Grillage, muret, talus Floraison hivernale, entretien facile
Glycine ‘Blue Moon’ -35 °C 6–8 m Plein soleil Pergola solide, façade Floraison parfumée, extrême rusticité
Kiwi arctique (Actinidia kolomikta) -40 °C 4–6 m Soleil non brûlant Pergola, treillage Feuillage panaché, fruits possibles
Akebia quinata -25 °C 6–8 m Soleil, mi-ombre Pergola, brise-vue Parfumée, croissance rapide, originale

Techniques de plantation pour optimiser la résistance au froid

Choix de l’emplacement

Le bon emplacement fait la moitié du travail pour une grimpante frileuse.
Privilégiez le sud ou le sud-est, où la plante profite des premiers rayons du matin.

L’idéal :

  • un pied bien abrité (mur, muret, haie, talus)
  • une partie aérienne qui capte le soleil

Un mur de pierre au sud crée souvent un effet « microclimat » appréciable en plein hiver.
Fuyez les coins où le gel s’attarde, comme les creux humides ou fonds de vallées.

Préparation du sol

La rusticité passe aussi par les racines.
Misez tout sur un sol bien drainé : l’eau stagnante est fatale, même pour les espèces costaudes.

  • En sol argileux, mélangez du sable grossier et du gravier sur 30 cm pour alléger.
  • Enrichissez de compost mûr, mais évitez l’excès d’humidité.
  • Mettez le terrain en légère pente, pour que l’eau file loin des racines.

Un sol détrempé fait bien plus de dégâts qu’une simple gelée.

Période de plantation

Pour assurer la reprise, ciblez la fin de l’été ou les premières semaines d’automne.
Le sol est encore tiède, les pluies plus régulières, et la plante s’installe avant la descente du thermomètre.

Une bonne installation garantit une meilleure résistance au gel et une reprise rapide au printemps.

Installation du support avant plantation

Toujours installer le support d’abord – treillis, câbles, pergola, grillage – selon la vigueur attendue.

Un support bien choisi :

  • réduit les blessures à la base lors de la plantation
  • guide les jeunes pousses contre le vent
  • garde les tiges loin du sol froid et mouillé

Étapes de plantation pas à pas

  1. Plongez la motte dans l’eau, attendez la disparition des bulles.
  2. Recoupez les racines les plus abîmées.
  3. Creusez une fosse large (deux fois le volume de la motte).
  4. Placez la plante, collet pile au niveau du sol.
  5. Remplissez avec le mélange terre-compost, tassez doucement.
  6. Arrosez franchement, même si le temps est humide.
  7. Faites une butte légère au pied pour accélérer le drainage.
  8. Terminez par un paillage généreux (5 à 10 cm de feuilles mortes ou BRF).

Associations protectrices

Le jardin devient plus résilient grâce à la diversité :
Autour des plantes sensibles, installez :

  • Des couvre-sols (fraisiers, thym, bugle), pour limiter les écarts de température.
  • Des arbustes brise-vent (noisetier, eleagnus, troène), qui filtrent le froid.
  • Un petit mur de pierre, qui gardera un peu de chaleur la nuit.

Ce genre d’association joue naturellement le rôle de bouclier thermique, pas besoin de bâche ou de chauffage.

Entretien hivernal et prévention du gel

Paillage et buttage

L’hiver venu, la priorité est de protéger la souche et d’éviter que le sol ne sèche complètement.
Déposez un paillage de 8 à 10 cm : feuilles décomposées, bois broyé, compost mûr.

Le buttage, c’est ramener un peu de terre autour du pied des grimpantes fragiles.
Ce monticule isole les racines superficielles et limite les dégâts du gel.

Protection mécanique des jeunes sujets

Les jeunes pousses restent sensibles. Une petite protection physique leur fait gagner en robustesse.

  • Entourez le pied d’un voile d’hivernage, fixé sans trop serrer.
  • En zone à neige, plantez un grillage ou des tuteurs pour que la neige ne casse pas les jeunes branches.

Laissez un peu d’espace autour, l’air circule mieux, et vous évitez moisissures et maladies.

Gestion de l’arrosage et de la fertilisation

Dès la fin de l’été, stoppez les apports d’engrais azotés, ils stimulent des pousses fragiles.
Avant un gel prolongé, arrosez légèrement si le sol est sec : racines hydratées sont plus résistantes et le sol retient un peu plus la chaleur.

Arrosez plutôt le matin pour limiter l’humidité de nuit sur le feuillage.

Taille de formation ou sanitaire

Taillez surtout quand l’hiver touche à sa fin, avant le redémarrage de la végétation et hors période de grand froid.

L’objectif :

  • retirer le bois mort ou malade
  • aérer la ramure
  • guider les pousses principales sur leur support

Une taille trop sévère avant une vague de froid fragilise la plante.

Surveillance des maladies spécifiques au climat froid

Gel, humidité et drainage capricieux favorisent certaines maladies :

  • Pourriture du collet : asphyxie voire mort de la plante
  • Chancres sur tiges et branches

Pour limiter les dégâts :

  • facilitez l’évacuation de l’eau au pied
  • choisissez un paillage léger, qui laisse respirer
  • testez des remèdes naturels comme le purin d’ortie ou la décoction de prêle ; le cuivre seulement en ultime recours

Un contrôle régulier évite de mauvaises surprises.

Cas des grimpantes en pot

Une grimpante en pot reste bien plus exposée au gel. Choisissez un contenant épais : terre cuite, bois, ou géotextile – bannissez les bacs en plastique fin.

Surélevez le pot pour garantir un bon drainage.
Quand le froid menace, deux solutions :

  • Placez le pot dans une serre froide ou une véranda non chauffée.
  • Ou, installez-le contre un mur orienté au sud, voile d’hivernage autour, à l’abri du vent.

Cette protection complémentaire permet aux racines de traverser la saison froide en sécurité.

Garder des grimpantes vives et saines en climat frais repose autant sur le bon choix que sur des soins adaptés et attentifs, saison après saison.